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Fiche Action - Archive 2006-2007

(2006-2007) Développer d'autres pratiques financières et monétaires pour changer l'économie

Résumé

La finance et la monnaie sont au coeur de l'économie et de l'échange. Repenser les seconds implique de revisiter les premiers. Elles ne répondent plus aujourd'hui à leur vocation première : canaliser l'épargne vers des usages socialement utiles . promouvoir des échanges mutuellement profitables. La fondation depuis des années a soutenu l'exploitation d'alternatives : finance solidaire, micro crédit, monnaies complémentaires, réflexions théoriques sur la redéfinition de la monnaie et l'éthique des acteurs de la finance. Elle continue à stimuler ces réflexions et pousse à en dégager des perspectives d'ensemble.

Synthèse

Synthèse de l'action

La finance et la monnaie sont au cœur de l'économie et donc les premiers outils à réformer pour construire une autre économie responsable, plurielle et solidaire et une société durable. Il faut montrer que des alternatives existent qui en font des outils de transformation de nos sociétés, les rendent performants et porteurs de sens pour sensibiliser les centres de pouvoir économiques et politiques et jeter les bases d'un autre système de gouvernance.



Inscription de l'action dans la stratégie d'ensemble de la FPH

La finance solidaire contribue à la construction d'une société durable en donnant accès au crédit à ceux qui en étaient exclus. Elle réinvestit les circuits financiers pour répondre aux besoins des personnes et des communautés et pour donner du sens à l'argent, une réaction au système dominant qui lui est facteur d'instabilité, de fracture sociale et de crise économique. La monnaie est un outil central de la gouvernance économique. La décomposition de ce dont la monnaie est vecteur peut permettre une meilleure gestion du bien commun, de l'environnement et du travail humain. La relocalisation de ces monnaies en fait des outils de gouvernance territoriale et peut aider la concrétisation du principe de subsidiarité active. La monnaie sociale et la finance solidaire permettent d'introduire, plus généralement, une nouvelle éthique dans l'économie et de contribuer à la transition vers un nouveau paradigme d'une économie responsable, plurielle et solidaire.


Historique de l'action

En théorie, finance et monnaie contribuent positivement à l'organisation de toute société et peuvent être mises au service de la construction d'une société durable. La première en canalisant des ressources disponibles en direction d'usages socialement utiles et de dynamiques à long terme. La seconde en permettant d'élargir et de sécuriser des échanges mutuellement profitables. Les système financier et monétaire actuels remplissent-ils ces fonctions ? Ceux qui les gèrent sont-ils conscients de la nécessité de les réorienter pour les mettre au service des grands défis de nos sociétés ? Peuvent-ils contribuer à l'avènement de sociétés durables ou poussent-ils dans la direction inverse ? Faut-il incriminer finance et monnaie en elles-mêmes, les règles actuelles qui les régissent et les concepts qui les fondent ? Ou faut-il incriminer plutôt la mentalité, les valeurs et les critères des acteurs qui les font fonctionner ? Autant de questions incontournables pour la fondation. C'est la raison pour laquelle elle s'y est engagée fortement au cours des années 90, en soutenant ou en animant trois courants de réflexion.

1. Les rapports entre systèmes et pratiques financiers d'un côté et exclusion sociale de l'autre : la finance peut-elle être mise au service de la lutte contre l'exclusion ou, selon l'adage : « on ne prête qu'aux riches » ne fait-elle que creuser le fossé ? Ce premier courant de pensée nous a conduit à soutenir des sociétés d'investissement comme la SIDI, qui visait à financer des initiatives économiques dans les pays du Sud, et surtout à développer les pratiques de micro crédit puis, plus largement, une réflexion sur les règles pratiques et les résultats de la "finance solidaire", c'est-à-dire de la branche militante qui veut montrer que l'investissement peut être un acte majeur de la solidarité. Ce courant de pensée l'a amenée d'abord à montrer le potentiel novateur du micro crédit, ensuite à faciliter la fédération des acteurs de la finance solidaire (Finansol), enfin à soutenir une réflexion internationale sur le véritable impact du micro crédit en développant, dans le cadre du chantier finance solidaire du Pôle de Socio-Economie Solidaire de l'Alliance (PSES), des indicateurs de performance sociale de l'économie solidaire, maintenant utilisés et promus par de nombreux acteurs, notamment la Banque Mondiale.

2. L'impact de la financiarisation du monde : ce deuxième courant de pensée a conduit à soutenir en 1992 la création de l'Observatoire de la Finance et la publication de sa revue, espace international de réflexion sur les conditions dans lesquelles les systèmes financiers peuvent s'investir dans des mutations à long terme et soutenir des activités réellement utiles à la société. Ce courant converge maintenant avec d'autres efforts, comme celui du PNUD, pour promouvoir les critères et pratiques d'une finance innovante et responsable. Cet ensemble d'efforts, qui rejoint aussi ceux des promoteurs de la responsabilité sociale de l'entreprise, est en réaction avec une pratique de la finance qui, notamment sous l'impact des modes de rémunération des intermédiaires financiers, privilégie "l'économie casino" et la spéculation au détriment de l'investissement responsable à long terme.

3. Une nouvelle vision de la monnaie : le troisième courant de pensée, engagé avec l'Observatoire de la Finance et avec les promoteurs des monnaies complémentaires locales puis régionales, réunis dans le chantier monnaie sociale du PSES, interroge l'adéquation des conceptions actuelles de la monnaie aux enjeux actuels d'organisation et de sécurisation des échanges. Ce courant souligne en particulier la nécessité de mettre la monnaie au service d'une différenciation du travail humain et de la consommation des ressources naturelles dans les pratiques de consommation et donc il cherche à faire de la monnaie un outil adapté à l'articulation des différents niveaux d'échange du local au mondial, avec la possibilité d'organiser le maximum d'échanges locaux.

Dans les trois cas, il faut étroitement associer la démarche des innovateurs, qui créent par exemple des systèmes de finance solidaire, les méthodes d'évaluation de la performance sociale de la finance et des monnaies complémentaires, avec le travail doctrinal capable de reformuler le système conceptuel et l'organisation des agencements institutionnels qui fondent la finance avec les instances de régulation qui définissent les règles du jeu du système bancaire et financier.

Sur la base des investissements intellectuels et du réseau de travail international constitué au cours des années précédentes, on peut penser qu'en 2006-2007 la synergie des trois catégories d'acteurs pourra franchir un nouveau seuil.

Présentation

En partant de pratiques innovantes, il s'agit de promouvoir des idées qui puissent faire évoluer le système financier et monétaire pour construire un monde responsable, pluriel et solidaire.

Une finance qui stimule les liens sociaux et fasse croître le capital social

Les objectifs seront de :

  • Promouvoir le financement solidaire d'une initiative économique qui renforce le capital et les liens sociaux à l'aide d'indicateurs de performance et d'impact sociaux : la batterie d'Indicateurs de Performance Sociale, développée dans la phase précédente sera affinée, testée plus en profondeur dans des contextes nationaux précis et complétée par des indicateurs d'impact ;
  • Continuer à sensibiliser les investisseurs internationaux de la microfinance : rencontre du CGAP (Banque Mondiale) en mai 2006, Sommet du Microcrédit à Halifax, Canada, en novembre 2006, divers forums internationaux ;
  • Montrer que la finance solidaire peut contribuer à construire un autre système financier porteur de valeurs et de justes principes de gouvernance : réagir, en particulier, aux accords de Bâle 2 qui vont globaliser encore plus la finance et interdire toute innovation allant de le sens d'une finance créatrice de capital social ;
  • Intégrer la finance solidaire dans une approche systémique d'une économie responsable, plurielle et solidaire en montrant comme elle contribue à la vision de cette économie et comment les outils financiers solidaires peuvent se marier avec d'autres pour construire localement d'autres systèmes économiques.

Des monnaies qui remettent l'humain au cœur de l'économie

Démontrer que la monnaie sociale peut être utilisée comme levier efficace de transformation de nos sociétés vers un monde plus équitable et plus durable. Elle est créatrice de liens sociaux et souvent absente des expériences territoriales. Elle doit permettre de se poser la question des valeurs sous-jacentes et d'une évolution des représentations de l'économie et de la richesse au-delà du marché et de la croissance. Privilégier les liens avec les autres outils innovants de l'économie solidaire. Les objectifs plus concrets seront de :

  • Faire reconnaître que la monnaie n'est pas unique et immuable, mais une diversité d'outils de gouvernance et de développement à toute échelle territoriale ;
  • Déterminer les critères de viabilité, de succès, les limites et l'impact sur le changement social de ces outils ;
  • Analyser la multitude des initiatives et trouver leur articulation possible dans un système monétaire repensé qui permettrait de mesurer les flux d'échanges pour remettre l'humain, ses valeurs et ses besoins au cœur de l'économie ;
  • Mettre en relation les trois grandes catégories d'acteurs qui s'intéressent aux monnaies complémentaires, condition nécessaire pour atteindre les objectifs précédents : les porteurs de dogmes, les développeurs de projets et les universitaires.